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Casablanca/Petits taxis : A quand la fin de l’anarchie ?
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Casablanca/Petits taxis : A quand la fin de l’anarchie ?

Par: le mercredi, février 18, 2009

- 8.500 taxis rouges en service dans un cadre de flou juridique

- Des nombreux abus constatés

- Plus de 1.800 plaintes chaque année

A Casablanca, les chauffeurs des petits taxis sont loin de satisfaire leurs clients. Ces derniers sont, en effet, tout sauf « rois ». Le déplacement quotidien des citoyens est devenu une véritable corvée. Ce qui se passe c’est que les « taximen » profitent de la non-application des textes en vigueur pour fixer leur propre loi. Ce sont eux qui imposent leurs itinéraires et chargent qui ils veulent. « Plusieurs chauffeurs de taxis n’assurent que les courses qui les arrangent. Ils embarquent rarement deux personnes ensemble. Quand on est trois, ils ne daignent même pas s’arrêter », témoigne un usager. Beaucoup pratiquent le délit de faciès et évitent les gens âgés, de couleur ou ayant une tenue campagnarde. Ainsi, une dame d’une soixantaine d’années, résidant dans l’ancienne médina, affirme attendre à chaque fois au moins un quart d’heure avant qu’un chauffeur ne s’arrête. « A quoi servent ces taxis, s’ils font la fine bouche », dit-elle. Bref, tout le monde se plaint mais en vain. Les responsables n’arrivent pas à mettre fin à cette anarchie.

Pourtant, deux arrêtés municipaux permanents (« 8-62 » et « 9-62 ») du 25 septembre 1962 et un dahir (n° 1-63-260) du 12 novembre 1963, régulent, en principe, le transport par taxis. Ils stipulent, entre autres, que le client du petit taxi a bien des droits qu’il doit réclamer à chaque course. Il peut exiger, notamment, que le compteur soit visible et mis en marche avant son départ. Il peut, également, refuser que le taximan charge d’autres clients et exiger de lui de suivre l’itinéraire qu’il lui indique. Et non celui qui arrange le chauffeur. Il est à savoir, aussi, que le client n’est pas obligé de supporter les discours du taximan ou ses goûts musicaux. D’un autre côté, le véhicule doit être propre et bien entretenu et les chauffeurs doivent avoir une tenue vestimentaire correcte. Par ailleurs, la loi leur interdit de fumer dans la voiture ou de refuser d’embarquer des clients. A noter que la fraude des compteurs est également sanctionnée par la loi. Toutefois, en pratique, aucune disposition n’est appliquée à la lettre. Pourquoi autant d’anarchies ?
Selon les professionnels, les textes, cités ci-dessus, sont très anciens, dépassés, incomplets et contradictoires. « Les deux arrêtés municipaux, datant de 1962, manquent de clarté au niveau de plusieurs dispositions, aussi, ils ne répondent pas aux besoins actuels », affirme Bouâzza El Guadi, secrétaire général de la Confédération générale des taxis (CGT). En effet, « le manque de rigueur de la loi et, par voie de conséquence, l’absence d’organisation du secteur des taxis sont la véritable source de l’anarchie », souligne-t-il.
Aussi, la circulaire n°122 du 5 octobre 1999 du ministère de l’Intérieur stipule, nettement, que ce secteur n’a jamais fait l’objet d’une réglementation globale.

Une question se pose donc avec acuité : quel est le rôle des autorités locales et centrales ? En principe, elles sont tenues d’instaurer une organisation efficace du transport urbain en général (taxi, bus, train, transport touristique…). Elles doivent, ainsi, faire respecter les dispositions légales et veiller à leur bonne exécution. Or, le secteur du transport par taxis, pourtant si indispensable à une grande majorité des citoyens, n’est pas régi par une réglementation adéquate.
A titre d’exemple, l’article 21 bis du dahir de 1963 prévoit la création d’un Comité provincial du transport (CPT) qui doit normalement gérer et coordonner entre tous les moyens du transport urbain de la ville. Force est de constater, malheureusement, que ce fameux CPT n’a jamais vu le jour, et ce depuis l’indépendance du Royaume. Aussi, l’article 2 du même dahir exige que la réglementation des taxis doive être soumise aux directives des autorités locales, comme c’était le cas avant 1963.
Parce que, faut-il le rappeler, ce dahir existait bien avant cette année. Ceci étant, le secrétaire général de la CGT ne s’est pas retenu pour affirmer que « chaque fois que ce problème est soulevé, les autorités locales prétendent que tout relève du ministère de tutelle. Ce dernier, à son tour, renvoie la balle aux responsables locaux… et la situation scandaleuse des pratiques des taxis demeure telle quelle ».
Pour rappel, en octobre dernier, les responsables voulant instaurer de nouvelles procédures pour l’organisation de ce secteur n’ont pas réussi à le faire. Etrange ! Alors que les professionnels appellent à un amendement des anciens textes, afin d’assainir cette activité si vitale pour les Casablancais.

En fin de compte, et malheureusement tout ce « désordre » doit être supporté par les citoyens. Les chauffeurs de taxis, quant à eux, profitent du « vide » juridique et de la forte demande pour leur service. Mais ils se plaignent aussi : « en une journée, nous sommes contraints de dépenser environ 120 DH rien que pour le carburant, de garantir un minimum de 250 DH au propriétaire de taxi, vient ensuite notre part qu’on doit collecter pour notre propre profit », déclare un chauffeur de taxi. « Les conditions de circulation, notamment sa forte densité, non seulement aux heures de pointe mais pendant toute la journée, ne nous permettent pas de rentrer dans nos frais », souligne un chauffeur. « Ainsi, on prére attendre des clients à la sortie des gares et garantir un minimum de 30 DH, au lieu de perdre beaucoup plus de temps avec un seul client ou trois à la fois », ajoute-t-il.

Les Casablancais, n’ayant pas d’autres choix, sont, donc, obligés de supporter les caprices et les arnaques des chauffeurs, détenteurs d’un permis dit « de confiance ». Toutefois, et pour échapper à la « tyrannie » des 8.500 petits taxis qui sillonnent la ville, ils n’ont qu’à user de leurs droits, en attendant la révision des textes régulant ce secteur.

Portez plainte !

En principe, la loi interdit tout comportement portant nuisance au service public. A ce propos, les clients casablancais ont le droit de relever le numéro du petit taxi et de porter plainte contre les infractions du chauffeur, au bureau des taxis situé au boulevard Brahim Roudani.
A noter que ce dernier enregistre en moyenne 5 à 7 plaintes par jour, soit au moins 1.825 par an. « Après chaque plainte, nous convoquons le chauffeur de taxi, afin de rédiger un PV que nous envoyons par la suite à la wilaya », explique un responsable dans ce bureau. Dans ce cadre, une commission disciplinaire composée d’un représentant de la wilaya et d’un représentant de la Sûreté nationale se réunit chaque jeudi pour traiter ce genre de litiges. La plupart des plaintes concernent le non-respect du client ou le refus de l’emmener à sa destination. Dans ces cas, les sanctions prévues sont soit un avertissement, soit un retrait du permis de confiance. Aussi, « les citoyens doivent apprendre à signaler toute infraction afin de contrecarrer les mauvaises habitudes de certains chauffeurs », insiste le responsable. Il ajoute : « nous ne pourrons rien faire contre les fraudeurs tant que les usagers considèrent ce genre de plainte comme une perte de temps ».

Bouchra SABIB

www.leconomiste.com

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