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La Dernière:Confrontation imminente avec l’Iran ?
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La Dernière:Confrontation imminente avec l’Iran ?

Par: le mardi, février 10, 2009

Kenneth Weisbrode, Chercheur au Robert Schuman Centre for Advanced Studies, European University Institute.

Kenneth Weisbrode, Chercheur au Robert Schuman Centre for Advanced Studies, European University Institute.
Le gouvernement du président américain Barack Obama n’a pas perdu de temps pour annoncer qu’il tenterait d’instaurer un dialogue direct avec le gouvernement iranien. Cela signifie au minimum une confrontation musclée au sujet d’une quête iranienne de supériorité stratégique régionale que concrétiserait l’arme nucléaire.
Pour faire changer d’avis les Iraniens, les mesures d’incitation, si justes soient-elles, et les menaces ne suffiront pas. Le moment est plutôt venu d’aborder l’ensemble de la question nucléaire dans son contexte régional plutôt que de façon fragmentaire et factuelle.

Nous avons tous conscience des risques liés à un Iran nucléaire : l’équilibre de pouvoir serait bouleversé au Moyen-Orient et en Asie centrale, puisque l’Iran aurait la capacité d’exercer bien plus d’influence régionale – explicite et implicite – qu’actuellement dans la poursuite de ses intérêts.De plus, il n’est pas exclu que les États voisins lancent ou poursuivent à leur tour des programmes nucléaires, ce qui entraînera une course à l’armement nucléaire prolongée dans l’une des régions les plus instables du monde. Il n’est pas dans les intérêts des Etats-Unis ni de l’Europe que les États en tête de liste – Egypte, Turquie, Arabie Saoudite, Syrie et Algérie – aient eux aussi la capacité nucléaire.

Si aucun dénouement n’est certain, tous les scénarios demeurent possibles. Les pressions sont considérables dans chacun de ces pays – comme ce fut le cas en Israël et au Pakistan, seuls États nucléaires de la région à l’heure actuelle – pour garantir les avantages supposés de la possession d’armes nucléaires en matière de puissance et de prestige. Ces pressions augmentent lorsque des voisins et des rivaux semblent avoir un avantage stratégique, quel qu’il soit.Il n’en reste pas moins que les États concernés sont vulnérables et très préoccupés par leur sécurité. En tant qu’État multiethnique où les dirigeants ont lutté pour faire avancer la cohésion nationale, l’Iran n’échappe pas à cette situation.Le nationalisme chiite a fait suite au chauvinisme perse comme point de ralliement, mais aucun n’a totalement réussi à consolider les institutions politiques iraniennes ni à garantir l’allégeance d’une population jeune, dont les deux tiers ont moins de 30 ans.

L’unité de la nation est périodiquement menacée par l’impopularité de ses dirigeants religieux auprès de vastes segments de la population, de même que par des divisions régionales et ethniques, par les conflits et l’instabilité dans son voisinage immédiat, enfin, par l’hostilité que suscitent ses clients régionaux et/ou ses mandataires en Irak, au Liban, en Afghanistan et partout ailleurs.En théorie, tous ces facteurs sont des sources potentielles d’influence pour des puissances extérieures telles que les Etats-Unis. Or, jusqu’ici, l’opposition directe aux ambitions nucléaires de l’Iran a eu l’effet inverse. La quête iranienne d’armes nucléaires, qui a stimulé la fierté nationale et ravivé la promesse de prééminence régionale, a joué un rôle unificateur fondamental, notamment sur les plans politique et militaire.

La difficulté consiste à mettre au point une politique cohérente qui canalise et dissuade à la fois les ambitions de l’Iran sans exacerber son sentiment inhérent de vulnérabilité nationale. Le débat politique en dehors de la région est aujourd’hui axé sur un éventuel recours à la force en cas d’échec des pourparlers. Comme on pouvait s’y attendre, l’Iran refuse de céder ; pour certains observateurs, cette situation témoigne de l’incapacité des grandes puissances mondiales à parler d’une seule et même voix. Cette explication a beau être vraie, nous ne pouvons nous en contenter. D’autres ont affirmé que les dirigeants iraniens faisaient peu de cas de l’opinion mondiale. Cette explication est toute aussi insuffisante car aucun pays, pas même la Corée du Nord, ne peut évoluer en vase clos.

Il est extrêmement difficile de trouver le bon équilibre entre bâtons et carottes, d’autant plus que les Etats-Unis n’ont pas vraiment l’image d’honnêtes médiateurs dans la région. Par conséquent, il faut porter l’attention sur le calibrage même des tactiques plutôt que sur le remaniement d’un contexte régional où les dirigeants iraniens choisiront soit de poursuivre soit d’abandonner. Pour commencer, il serait judicieux d’améliorer le fonctionnement des forces militaires conventionnelles dans l’ensemble de la région au lieu d’augmenter les stocks d’armes ; et de renforcer les mesures de confiance, notamment par des exercices conjoints de formation et des échanges d’informations entre les armées concernées.

Pour stimuler la confiance, l’Occident devrait prendre un engagement stratégique sans équivoque sous forme d’élargissement des moyens de dissuasion de l’OTAN au Moyen-Orient. Il n’est pas nécessaire de prendre l’Iran pour cible. Cette méthode serait plus efficace qu’une garantie américaine multilatérale pour Israël ou pour tout autre pays. Les membres de l’OTAN devraient s’engager à défendre les États du Moyen-Orient qui subiraient des attaques nucléaires. Dans des conditions diplomatiques idéales, la Russie et la Chine seraient convaincues de se rallier à l’OTAN par une déclaration conjointe.

Il est peu probable que ces mesures seules dissuadent l’Iran ou rassurent totalement les autres États de la région. Toutefois, avec l’aide de pressions internationales constantes du Conseil de sécurité des Nations unies et de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, elles enverraient un signal clair que les grandes puissances mondiales considèrent la paix et la sécurité au Moyen-Orient comme essentielles. Cette démarche permettrait de repousser l’éventualité d’une course régionale effrénée à l’armement si les pourparlers échouent et que l’Iran teste, un jour ou l’autre, l’arme nucléaire.

Copyright : Project Syndicate, 2009.
www.project-syndicate.org Par Kenneth Weisbrode* | LE MATIN

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