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Un « New Deal vert » mondial. Par Achim Steiner, directeur général du PNUE
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Un « New Deal vert » mondial. Par Achim Steiner, directeur général du PNUE

Par: le vendredi, février 13, 2009

Achim Steiner, un Allemand né au Brésil, est sous-secrétaire général des Nations unies et directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement, le PNUE, depuis 2006. Il en est le 5e directeur. Dans ses travaux comme dans ses engagements personnels, Steiner allie constamment la préservation de la biodiversité et le souci du développement social. Avant le PNUE, Steiner a été directeur d’un réseau très influent d’agences gouvernementales et l’ONG spécialisées dans l’environnement, l’Union mondiale pour la nature. Il fut aussi secrétaire générale de la Commission mondiale des barrages.

Compte tenu de la progression fulgurante du chômage, de la multiplication des faillites et des Bourses mondiales en chute libre, il pourrait sembler justifié de remettre à un jour meilleur la lutte contre le changement climatique et de suspendre les investissements en faveur de l’environnement. Mais ce choix serait une erreur fatale, avec des conséquences immédiates et sur plusieurs générations.
Loin d’accabler une économie mondiale au bout du rouleau, les investissements en faveur de l’environnement sont précisément la prescription nécessaire pour créer des emplois, remplir les livres de commande et remettre les économies de la planète sur les rails.
Les préoccupations environnementales étaient auparavant considérées comme un luxe ; aujourd’hui, elles sont incontournables, ce que certains économistes, mais de loin pas tous, ont compris.

Il est donc évident que certains pays considèrent les investissements dans les infrastructures, la production d’énergie et les écosystèmes comme un pari sur l’avenir. D’autres peuvent douter des retours sur investissement de la séquestration de carbone en forêt ou des énergies renouvelables pour les 80 pour cent d’Africains qui n’ont pas l’électricité. D’autres ne savent peut-être simplement pas comment suivre l’exemple.

Ce n’est plus un luxe

Début février, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) organisera une réunion de certains des principaux économistes mondiaux au siège de l’Onu à New York. Une stratégie pour un « New Deal vert » mondial, adapté aux difficultés spécifiques que rencontrent les différents pays, sera concrétisée pour aider les dirigeants mondiaux et les gouvernements à formuler des incitations fiscales qui s’attaquent aux problèmes sur plusieurs fronts.

Le nouveau « New Deal vert » mondial, l’initiative lancée par le PNUE (ndlr : cf. L’Economiste Magazine de février 2009), répond au malaise économique actuel. Allouées avec discernement, ces incitations fiscales pourraient déclencher des tendances profondes et novatrices, ouvrant la voie à une économie verte, plus durable, pour le XXIe siècle.
Les milliers de milliards de dollars mobilisés pour faire face à la crise financière actuelle, associés aux montants astronomiques que les investisseurs attendent de placer, représentent une opportunité impensable il y a 12 mois à peine : l’occasion d’adopter une direction plus efficace et intelligente en termes de ressources et qui permette de s’attaquer à tout un éventail de problèmes, des changements climatiques à la rareté des ressources naturelles, et de la pénurie d’eau potable à la disparition de biodiversité.
Injecter aveuglément les milliards de dollars prévus par les plans de relance dans des industries obsolètes et des modèles économiques épuisés serait un terrible gaspillage et hypothéquerait l’avenir de nos enfants.

Les dirigeants mondiaux doivent au contraire se saisir de cette occasion pour investir dans les innovations, promouvoir les entreprises durables et encourager de nouvelles formes d’emplois décents et à long terme.

Déjà des cas pratiques

Une proportion importante du plan de relance de 825 milliards de dollars du président Barack Obama pour les Etats-Unis est consacrée à encourager les énergies renouvelables, à rendre des millions de logement plus écologiques et à améliorer un réseau électrique obsolète. Il est prévu que ces investissements créent près de cinq millions d’emplois « verts », et relancent le secteur de la construction et de l’industrie d’équipement. Ils doivent également permettre aux Etats-Unis de s’atteler à la tâche non moins sérieuse qu’est la lutte contre le changement climatique et la sécurité énergétique.

La Corée du Sud, qui enregistre des pertes d’emplois pour la première fois depuis cinq ans, a également perçu le côté positif de ces temps difficiles. Le gouvernement du président Lee Myung-Bak prévoit d’investir 38 milliards de dollars dans un projet, créateur d’emplois, d’assainissement de l’eau au moyen de construction de stations d’épuration et de l’assainissement de quatre des principaux fleuves du pays, tout en réduisant les risques naturels par l’élévation de digues.
D’autres aspects de ce programme comprennent l’aménagement de modes de transport écologiques, comme les trains à grande vitesse et des centaines de kilomètres de pistes cyclables, l’utilisation du méthane des décharges pour la production d’énergie et des investissements dans la production des véhicules hybrides.

D’autres pays, notamment la Chine, le Japon et le Royaume-Uni ont également prévu des programmes verts, créateurs d’emplois. Ils concernent également les économies en développement en termes de création d’emplois, de lutte contre la pauvreté, et de la recherche de nouveaux débouchés à une époque où les prix des denrées de base et des exportations sont de plus en plus incertains.
En Afrique du Sud, l’initiative Working for Water lancée par le gouvernement – et qui emploie plus de 30.000 personnes, dont des femmes, des jeunes et des handicapés – s’appuie également sur les occasions offertes par cette époque de crise. Le pays dépense près de 60 millions de dollars par an pour lutter contre l’infestation de plantes allogènes envahissantes qui menacent la vie sauvage indigène, les ressources en eau, les destinations touristiques importantes et les terres arables.

Cette initiative est vouée à se développer avec l’arrachage de plus de 40 millions de tonnes de plantes allogènes pour servir de combustibles pour des centrales thermiques. Près de 500 mégawatts, ou 2% des besoins en électricité du pays, devraient ainsi être produits, avec la création de 5.000 emplois supplémentaires.

Copyright : Project Syndicate, 2009.
Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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